UN EFFONDREMENT SALUTAIRE ?

Publié par Jean-François Clausse le


(c) Photo AFP – Geoffroy van der Hasselt


A peine sauvée des flammes tout le monde veut ‘’reconstruire’’ Notre Dame.
Parce que c’est un symbole. Parce qu’on va trouver l’argent. Parce que c’est le destin de la France. Parce qu’il faut aller vite. Montrer notre puissance, notre dynamisme, notre combativité…
Moins de 24 heures après le drame, nous voici donc déjà à nous retrousser les manches. A nous dire que ça aurait pu être pire, que ‘’faut y aller’’, qu’on ne va pas ‘’se laisser abattre’’, que le génie français va bientôt parler et qu’on va voir ce qu’on va voir…
Mais pourquoi, tout juste sorti des larmes, faudrait-il donc céder à cette impérieuse nécessité de s’essuyer le visage et se relever ?
Pourquoi, quand quelqu’un déprime, faut-il que les seuls mots de réconfort soient : ‘’Ça va aller’’, ‘’Ne reste pas comme ça’’, ‘’Tu vas t’en sortir’’ ?
Parce qu’on n’a pas le droit d’être fragile ?…
Parce que la vulnérabilité dérange ?…
Parce que notre société n’aime pas l’odeur de la défaite et qu’il ‘’faut se battre dans la vie’’ ?
Mais à force de combats contre soi, les autres ou les vents contraires, n’avons-nous pas tendance à étouffer un sentiment, a priori inacceptable mais qui pourrait pourtant être tellement riche de sens, si on prenait seulement quelque temps pour se dire que, oui peut-être, un effondrement peut aussi être… salutaire ?!

(c) Photo AFP – Geoffroy van der Hasselt

C’est ce que ma petite voix intérieure m’a soufflé ce matin quand j’ai découvert, ému il faut bien l’avouer, ce coin de ciel au travers des voutes percées du plafond encore fumant de Notre Dame de Paris.

Car bien sûr, je l’ai vécue la tragédie. Bien sûr je l’ai ressentie la tristesse. Crûment. Intensément. Profondément… Mais enfin quand même ! Ce matin, quelle curieuse incongruité et quelle sensation que de voir le ciel au travers du plafond d’une cathédrale !!!
Jugez plutôt : Notre Dame (= notre Mère = notre Terre) qui nous laisse entrevoir le ciel (= notre Père) !!! Quel message !


Ce lieu nous parle, c’est certain. Et voilà ce qu’il semble nous murmurer :

(c) Photo AFP – Geoffroy van der Hasselt

”Je me dépouille de mon toit pour que vous puissiez ouvrir les yeux et enfin regarder ce qu’il y a à voir.
Que vous faut-il pour admettre votre vulnérabilité et votre petitesse ? 850 ans de votre histoire viennent de s’effondrer en 60 minutes. Qu’allez-vous apprendre et retenir de ça ?… Seulement que vous êtes capable de reconstruire grâce à vos mains en or et vos chèques en argent ?! Ne pouvez-vous vraiment pas ouvrir les yeux sur autre chose ? Par exemple, sur ce ciel entraperçu que vous polluez ? Sur ces mers que vous étouffez ? Sur ces forêts que vous arrachez ? Sur ces animaux disparus ou prêts à disparaître ?… Allez-vous pleurer sur un toit de chêne et de plomb et oublier de le faire sur le sort de cette planète que vous souillez de votre inconscience ?… Allez-vous prier sur mes trésors anéantis et oublier de le faire pour les hommes de ce monde qui meurent de votre indifférence ou de votre cynisme ?… Et si vous profitiez de cette semaine sainte pour enfin choisir de revenir à vous ? De renaître à vous-mêmes ?…”

Alors oui, nous pouvons nous éparpiller de cellules de crise, en plateaux-télé interminables mais nous ne pourrons bientôt plus faire autrement que d’accepter l’idée simple, mais mille fois oubliée, que nous ne contrôlons rien du tout. Que nous n’avons la main sur RIEN !
Nous avons beau rouler des mécaniques, faire des chèques à 9 chiffres et parler fort, nous ne maîtrisons rien de l’espace ni du temps que nous occupons. Alors prenons, à la faveur de cet événement hors norme, un peu de temps pour admettre notre petitesse face aux éléments, mais aussi face à cette Terre Mère qu’on maltraite et essayons de revoir de fond en comble notre manière d’appréhender ce monde dans lequel nous vivons.

Comme le dit Isabelle Padovani :

’Si nous voulons découvrir un jour la grandeur de ce qui nous traverse, nous ne pouvons pas faire l’économie de vivre la petitesse de ce que nous sommes dans notre humanité’’.

Sinon nous n’aurons rien compris des messages qui nous sont envoyés en même temps que les catastrophes de nos existences. Rappelons-nous que ce que la chenille appelle ‘’fin du monde’’, le sage l’appelle ‘’papillon’’.
Encore faut-il pour s’en convaincre… consentir à regarder vers le ciel.


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Catégories : Evénement

2 commentaires

Isabelle Burcheri · 18 avril 2019 à 21 h 37 min

Cher Jean-François,

Je suis contente que tu aies publié cet article. Parce que c’est courageux, de dire des choses à contre courant. Aussi, c’est beau de voir le bleu du ciel à travers le toit qui n’est plus. Et finalement, moi aussi, j’aime bien chercher les leçons à apprendre de toutes les choses qui arrivent.

Donc, en ce jour de début de saison de la Terre, dans le calendrier de médecine chinoise, dont je parle dans mon article de la semaine dernière, j’ai envie de faire une autre analogie. Le Bois, c’est l’élément du printemps, dont la caractéristique est de se tordre et se redresser, c’est l’élément des projets, mais aussi du contrôle et des « il faut » (dont tu parles si bien dans ton 2e paragraphe). Ensuite, il y a le Feu, l’élément de l’été, dont le mouvement est de brûler et monter. C’est l’élément caractérisé par la mise en action: « On y va! ». Mais, il faut se rappeler qu’entre les deux. il y a la Terre. Celle qui se nourrit des cendres pour engendrer quelque chose de plus beau encore. Son mouvement est celui de recevoir et de donner.

Et nous entrons bientôt dans la semaine de la Terre, si nécessaire à tous les êtres qui la peuplent, mais que certains prennent pour un dû, ainsi que tu nous le rappelles si bien.

Merci.

    Jean-François Clausse · 29 avril 2019 à 22 h 01 min

    Merci à toi, Isabelle d’avoir complété cet article par ton savoir et ces très jolies références à la tradition chinoise <3.

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